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Full text of "Le municipal de campagne au district"








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L E 



UNICIPAt 



f DE CAMPAGNE, 

'AV DISTRICT; 




J PARIS; 

Chez SENNEVILLEjLî 
au Palais-Royal. 



J. 792.. 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

Boston Public Library 



http://www.archive.org/details/lemunicipaldecamOOpari 



LE MUNÏCÏFAL' 

DE CAMPAGNE, 

U DISTRICT. 



Le Président. 

^.^^ 

V^OMMENT, Monûeiir, malgré nos inllancei 
& des ordres donnés depuis fi long-tems , 
votre Municipalité eft encore en retard de 
nous fournir fon travail ^ il faut donc déploje.% 
contre vous notte autorité ? 

Le Municipal. 

Excufez-nous , M. le préfident , nous ns 
pouvons pas mieux faire : notre Maire nt 
fait ni a ni h; notre Procuïeur commun ne 
parle que patois , & il ne trouve pas toujours 
des getis d'efprit prêts à lui rédiger en français 
fes réquifitoires &Z fes lettres pouf rien ; notre 
Greffier écrit lentement ; à nous autres , oa 
îîous donne tant de chofes à lire , qu'à la En 
de no5 féances , nous ne favons où nous en 
fommes;--&: puis nous avons aulTt nos propres 

'aires. 

A 2 



/ 



"4 
Le Président!! 

Quelles affaires avez-vous plus importantes 
que celles de votre liberté, de votre fouve- 
raineté? Que pouvons -nous ambitionner de 
plus 5 que d'être la première nation de Fu- 
tiivers ? 

Le Municipal. 

Il vous eft aifé de faire, vous êtes payé| 
mais nous , en négligeant nos affaires , nous 
Sommes expofés à mourir de faim, malgré le 
titre de première nation de la terre. 
Le Président. 

Pitoyable raifon! quand on a de la bonne 
volonté ou Famour de la patrie , on trouve 
des expédiens pour tout. On croiroit , à vous 
entendre , que nous vous prenons tout votre 
tems : cependant , qu'exige-t-on des muni- 
cipalités ? d'enregifîrer les loix , de furveiller 
& tourmenter les ariflocraîes , d'encourager 
les bons citoyens, de recevoir & vérifier les 
déclarations pour l'impôt foncier, diflribuer 
les patentes , faire la police , &C quelques 
autres menuifailles. Voilà donc cette grande 
befogne qui vous épouvante , & pour laquelle 
vous êtes tant de monde ! 

Le Municipal. 

Monfieur ^ nous femmes foiiilleurs ^ garde? 



Be bôîs. Se même vos boute- feii^ vos mô^ 
cbards &c vos valets gratis *^ heureu^^j lorfqiï^ 
vous ne nous mandtz pas fans celle pour ncuâ! 
gronder de ce que nous n'avons pas fait cq 
jque nous ne favons , ni ne pouvons faire,. 
Le Président. 
Ell-ce là le langage d'un vrai municipal Ç 
vous mériteriez qu'on vous dégradât de votrq 
écharpe, &c du dr#ît de ckoyen actif. 

L E M U N î C I P A L. - 

Pour ce que j'y g^gne , je m^en mocque;. 
Faites , monfieur ; û vous croyez me punir ^ 
.vous vous trompez. Tous mes voifms eo; 
idifent de même. 

L E P R i S î D E N T, 

Ah 5 ah 5 il y a du complot entre vous 
autres. Se peut-il , malheureux , que vous 
jayez affez peu d'âme pour vouloir perdre 
Nrotre bonheur , voîre fouveraineté 5 qui a 
été H difficile à conquérir? Graignez au moins 
le retour àes droits féodaux , de la juflice 
pillarde , de la gabelle , & de fes fuppots ty- 
ranniques, enfin de i'ariilocratie avec tous fe§. 
fléaux. 

Le Municipal» 

Tous ces fléaux - là étoient un mal : maiâ- 
Bs ne î^oiis empêchoient pas de vivre pîii^. 



feontcns & plus heureux qu'au) ou rdliuî. Nous 
aimons mieux un tuns que deux tu Sauras / 
nous favons la fable du chien qui perd (on 
os, en croyant en attraper un plus gros, ôe 
le ïbrt des grenouilles , quand elles ont voulu 
changer de roi. Votre conftitution eu de la 
graine de niais ; vos Législateurs fe fervent 
/de nous , comme le finge de la patte du chat 
pour tirer les marrons du feu. Croyez , Mon- 
fieur , que nous commençons à fentir où le 
bât nous bleiTe. 

Le Président {à part, ) 

Il faut fonder cet homme-ci ; il y a fans 
doute quelqu'ennemi encore caché dans \z 
canton ; nous trouverons motifs à dénoncia- 
tion. (^haut^\oviS ne fentez donc pas ^ Mi. 
le municipal, que la liberté & l'égalité, qui 
font la bafe de notre confttution ^ font auffi 
la bafe du bonheur ! 

Le Municipal. 

Nous favons afîez ce que c'efl que *ceà 
.(deux cadeaux, qui doivent nous rendre fi 
fiers ; & c'eft pour cela que nous ne courons 
pas après."— Mais il vaut mieux me taire qu^ 
de trop parler. 

Le Président. 

Non 5 monfîeur ^ pariez.. Si vous êtes àzi^ 



Terreur , on vous îe pardonnera , & on voiii 
inflruira. Voyons de quel œil vous regardez 
la liberté. 

Le Municipal. 
Il n'eft pas fans doute queftion de celle de 
ia nation , puif qu'elle n'étoit pas efclave d'une 
autre nation , ni foumlfe à un defpcte. Cette 
liberté ne conïlde pas non plus dans le droit 
de faire tout ce que chacun veut, de payer 
ou n€ pas payer fes dettes, f es impôts ; ds 
prendre ce qui nous manque , îà où nous le 
trouvons. Qu'eft-ce que c'eft donc que votre 
liberté? Il y a une partie de la France qui 
n'a pas celle d'être citoyen a£l:if , à plus forte 
jraifon éligibîe ; mais qu'eil-elle pour les ci- 
toyens actifs & élîgibles ? Ceft la nécefîité 
"^€ quitter fes affaires pour faire celles de la 
nation ; c'efi l'obligation d'être foldat nationaîj» 
clubifte , municipal , commiffaîre , éle£î:eur ^ 
înfpecteur, aiTeiTeur des juftices de paix^ des 
bureaux de conciliation, de famille, fous peine 
^e paffer pour ariftocrate , fous peine d'être 
contrarié , infalté par tout îe monde , & de 
fe trouver expofé à des peines doubles; c'efi 
^obligation de monter des gardes, d'aller à 
toiites les alTembîées , de perfécuter îès hon 
îlêtes gens ^ for-tout les prêtres fidèles ^ 6^ 

A 4 



es nobles courageux; c'eft la néceffité ^ fouâ 
peine d'amende, d'aller aujuri de condamnation; 
&c. en un mot , c'eft l'incertitude du moment oiî 
le citoyen aftif fera libre de vaquer à fes 
propres affaires. Tout cela peut bien con-? 
venir à des piliers de café , à des brouillons J 
des défœuvrés , des ivrognes ; ces gens-là 
heureufement ne font pas le gros du peuple; 
înais nous autres cultivateurs, artilans , ma- 
«ouvriers , pouvons-nous nous accommoder 
de ces devoirs , que vous appeliez liberté ? les 
alouettes tombent-elles toutes rôties chez nous I 
devons-nous défîrer d'être obligés de perdra 
notre tems , & dépenfer notre argent ? Quand 
on n'a de reffources que fon travail &c foa 
induflrie, pendant qu'on perd une journée, orî 
mange ce qu'on a gagné la précédente 5 64 
cela fait deux journées en arrière. 

Le Président. 

Vos obiervations font vraies jufqu'à iiîî 
certain point ; mais le peuple feroiî-il fouverain ^ 
s'il - ne dirigeoit lui-même les affaires ^ik\ 
bliques ? 

Le Municipal. 

C'eft donc à dire, que comme fouve^ 
rain , le peuple rendra la juflice , fera la police^ 
fira militaire ^ adminiftrateur ^ légiflateur ; 6Ç 



PS* 

9 

que comme particulier , chacun paiera de gros 

impôts. Notre liberté i^ous donne deux far- 
deaux, au lieu d'un, que nous trouvions 
déjà trop lourd, celui de payer des impôts. 
Elle nous oblige en fus à négliger nos affaires , 
pour hoiifillêr c-elies de la nation ; les ci- 
toyens riches font payés, &: les pauvres tra-^ 
vailienti^r^rzV.-^^Moniîeur , nos befoins revien- 
nent tous les jours ; il faut auffi que nous 
gas^nions tous les jours. Nos bourfcs font mal 
fournies, une petite dépenfe fuperflue, ou une 
interruption à gagner, les met à fec. Pour peu 
que nous perdions de vue notre propre in- 
térêt , notre fubfifl:ance en fouiFre : & nous 
devons craindre, û cela dure, de ne iaiiTer à 
nos enfans que le regret d'avoir eu un père, 
aûit pour des affaires qai ne luirendoient rien, 
& négligent pour ce qui devoit feul Tinté-» 
reffer , la tranquillité & le bien-être de fa 
famille. Gardez votre liberté, notre intérêt 
n'en veut point ; il nous faut , pour nous ,' 
tout notre tems &C tous nos moyens : qui 
trop embraffe , mal étreint : nous avons affez 
de nos propres affaires , & de fu^monter les dif- 
ficultés qu'il y a d'amaiTer un peu de bien 
à nos enfans , ou de leur ccnferver celui que 
nous tenons de nos pères. Nous ferons allez 



ÏO 

îîeurenx ,{i pour quelques écus d'iinpôts , noiis 

n'avons d'autre liberté que celle de ne faire 

que nos affaires 5 ÔC non celles quîrédu"roient 

notre famille à la mifere. Certainement nous 

avons toujours été libres de faire nos fouliers ^ 

nos habits , nos chapeaux , nos meubles : & 

cependant nous laiiTons faire le tanneur, îe 

cordonnier, le fripier , îe chapelier , &c. 

parce que quand chacun ne fait qu'un métier, 

il tire mieux partie des chofes , fert mieux fon 

monde, & comme dit le proverbe , quand 

chacun fait fon métier, les vaches font bien 

gardées. Ainfi bornons-nous à notre hefo^ne ^ 

& lalfî'ons aux autres la leur ; nous nous en 

trouverons mieux tous. Le roieil roi , com.me 

l'ouvrier eH ouvrier J Le bon ordre eil delaif- 

fer chaque chofe à fa place. 

Le Président. 

Si nous nous bornons à la liberté de ne 
faiie que nos affaires, il nous faudroit ati 
moins avoir celle de religion &c celle d'exer- 
cer nos talens, îmis les commerces , emplois 3^. 
ans & métiers. 

Le Municipal. 

S'il n'y a qu'une bonne religion , pourquoi 
introcKiire les autres qui font néceffairemerrt 
ïiiauvaifes ? Si toutes les religions font é|a- 



iï 

lement bonnes , ou également mauvaifes , la 
nôtre vaut les autres ; 6c vaut mieux pour 
nous. La changerjc'efl ouvrir les portes à toutes 
fortes de principes qui caufent des différends 
entre les hommes, & occafionnent la méfm- 
telligence & àes défiances dans la fociété , 
ainfi qu'en le voit à l'égard des Juifs. D'ail- 
leurs 5 àforce d'admettre des religions , bientôt 
il n'y en auroit plus : chacun auroit la fienne 
â part, êc il ne la fuivroit pas, parce qu'un 
homm-c ne peut pas faire toutfeul les frais d'un 
culte. Cependant il faut une religion , puifqu'il 
y a un Dieu; & c^cfl la nôtre qui doit ayoir 
feul les honneurs du culte public—En don- 
nant la liberté d'exercer tous les métiers , â^en 
changer à volonté , on ne fait que des gâte- 
lîiétiers. Chacun veut le plus aifé , le plus lu- 
cratif; on îâiffe les plus utiles, parce qu'ils 
font pénibles. Au lieu d'avoir des com- 
pagnons' , vivants bien chez des maîtres , 
qui de leur côté gagnoient , on verra 
mourir de faim les compagnons devenus maî- 
tres , Se les maîtres fans compagnons. Le bon 
ordre veut que la police rcgle le nombre qu'il 
doit y avoir de chaque métier , afia que tous 
aillent bien. De plus cette liberté va mettre 
ia nobkfle en concours avec nous ; fon luxg 



hoiis faîrolt V'vre : qae fera-ccjfi, au lieu àë 
nous faire vivre ^ elle emploie fes moyens 6c 
fon induftrie pour gagner? Cell alors que 
leurs fortunes feroient éternelles , & nos mi-»-"^ 
feresfans remède. 

LePrésîdent. 

Malgré toutes vos raifons , la liberté , aved 
fes inconvéniens , vaut mieux que rancien 
régime, plein de vexations , d^arbitraire , d'en- 
traves. Par le facrifice de quelques heures 
ou de quelques jours, nous gagnons au moinîi 
la cefîation de toutes ces korreurs. 
Le Municipal. 

Quand on veut tuer fon chien , on dit qu'il 
eft enragé. Il y auroit trop à dire des vexa-* 
tions, de l'arbitraire & des gênes de votre 
nouvelle conftitution ; je fuis municipal , & je 
lais bien tout ce qui fe pafîe ; c'efl: le monde 
renverfé , c'eft la queue qui conduit la tête» 
Les vexations & les abus dWtrefois n'étoient 
que les vices des perfonnes , &non derinili- 
tution. Un procureur n'étoit pas inilitué pour 
voler, ni un feigneur pour tyrannifer; il y* 
avoit des braves gens par tout. Les hommes 
qu'on met aujourd'hui en place quittem-ik 
leurs paillons? Et puifque votre confl:ltution 
nous fait tous fonâionnaires, n'y a-t-il paS 



|)!us de palîîons en jeu, Se par conféqiient 
plus d'abus qu'autrefois } N'eil-il pas plus aifé 
de corrompre un juge de paix, qui n'a rien, 
qui juge feul, fans écritures &c fans appel, 
qu'un tribunal de l'ancien régime , que les pièces 
4u procès pouvoient convaincre de coqui- 
nerie , & dont le jugement étoit fujet à appel } 
Dans un ménage oii tout le monde comman-» 
deroit , il n'y auroit que défordre & vexation 
contre le foible. Pour les empêcher 5 il faut qu'il 
n'y ait qu'un maître ; tout fsra d'autant plus 
content, que ce maître relâchera moins de font 
autorité , & l'exercera par lui-même, La France 
auroit-elle été dans l'embarras, û le roi eût 
gardé fon autorité ? Chacun, à force de tirer 
de fon coté , emporte le morceau; & il ne 
îeile que des lambeaux. L'intérêt du roi , c'efl 
la profpérité Se la gloire de fon peuple, 
qui fait fa profpérité 6^ fa gloire. L mté- 
.Têt d'un comte de Mirabeau, c'eft de ruiner 
les autres pour s'enrichir. Quand on parle 
^e patrie , il faut convenir que chacun de nous ^ 
particuliers, n'en avons fo'mt d'autre que notre 
intérêt , &:Gue le roi eille feu! patriote parfait. 
Le Président, 
Oui, voilà un beau patriotifmedu roi, de 
lettre à nos troulTes une armée de gabel«^ 



î4 

leurs l -de îaiffer fabfiftor des dîmes, des 
droits féodaux , de nous prendre lîos èn- 
ïans , & quantité d'autres horreurs ! 
Le Municipal. 
Qu étoient ces gabelleUrs } Des gens pouf 
la plupart qui ne vouîoient , ou ne pouvoienî 
pas travailler , qui n'avoient rien , & qui pour 
vivre étoient capables^ tout. N'étoit-il pas 
beau de faire vivre, d'occuper honnêtement 
ces gens-là, & de les forcer au bon ordre, 
par des impôts que les riches fupportoient 
prefque tous feuls , puifqu'ils étoient fur les 
eonfommations."— Les dîmes ont été confenties 
par nos pères; en nous laiiTant le bien , ils 
lïous ont laifTé les charges. Y a-t-il de la juf^ 
,tice à retenir ce qu'on doit. & fur-tout à faire 
payer nos dettes par les autres? Les champs 
dévoient la dîme ; aujourd'hui vous faites fup- 
porter fon remplacement par les villes , par 
les ouvriers qui n'en doivent point. Le culti- 
vateur la paie plus cher à fon propriétaire.. . 
Et voilà comme vous faites le bien du pauvre 
peuple ! Les droits féodaux font le prix da 
terres cédées. Les abus qu'on y trouve doivent 
être attribués aux agens des Seigneurs; Se 
on ne peut reprocher à ces derniers que de 
fie p^s faire eux-mêmes la recette de çei 



ff 

Sroîts.i—Âutrefoîs nous avions Un ou deux ml« 
liciens par eommunautés ; aujourd'hui on nous 
^rend , on débauche toute notre jeunelTe , & 
même nos vieux foux. 

Le Président. 

Avouez cependant qu'il nous faut au moins 
îa liberté d'élire nos fonûionnaires. 
Le Municipal. 

Non , moîifieur. Choififfons - nous notre 
père , le lieu de notre nalffance , no§ quali- 
tés 5 nos moyens perfonnels ? Puifque la pro* 
vidence ne nous laiffe pas le choix fur les 
objets effentiels , rapportons -nous -en à elle 
pour ce qui eft moins intéreffant t Louis XVI 
n'a pas choifi fes fujets ; fes fujets ne l'ont 
pas choifi : il eft né pour commander direc- 
tement ou par fes organes ; &c nous (©m m es 
nés pour faire nos affaires fans nous mêler 
des liennes. Au refte , nous favons comme 
vont les chofes. Dans les affemblées primaires , 
quelques pièces de douze fous , quelques bou- 
teilles de vin , quelques cajoleries font îa ca- 
bale qui nomme les éledeurs : ceux-ci , par les 
mêmes moyens , nomment aux autres places , 
Cans connoître les perfonnes , à plus forte 
raifon leur capacité ^ leur valeur. L'homme 
honnête 5 qui ne porte que fon mérite, voit 
Jowtfs les places entre les mains des intri- 



i6 

gans : & ces intrigans ne veulent les places 
que pour s'engraifler. Aufîi on ne voit en 
fcnâ:ions, que les prêtres les plus immoraux, 
les financiers les plus pillards ; des banque- 
routiers , des contre-bandiers, des gens , en un 
mot, à qui perfonne n'oferoit confier entre 
cuaîre yet.x , ni une bourfe ^ ni une vierge. 
Auiïi l'églife eil un fcandale , la juftlce eft au 
calM.et Se fans dignité , nos finances s'en vont 
à vau'tùau^ notre armée efl une Saint-Nicolas 
d'écoliers. Voilà ce que vaut le plalfir d'élire. 
La providence fe conduit différemment. Voyez 
î'enfant deiliné à être l'organe du gouverne- 
ment 9 un noble, par exemple; on choifit ce 
qu'il y a déplus éclairé pour lui élever rame ; 
on lui dit , que riche par fa fortune , il ne 
lui reû'e à acquérir que la gloire de bien fervlr 
fon roi , & d'être plus inflruit, plus coura- 
geux 5 plus franc , plus loyal que le commun du 
peuple. Si quelques-uns , comme les Br... les 
La,., les Mi... les Mo... &c. ne répondent pas 
à leur éducation , la plupart en profitent , 
ainfi que le prouve l'armée de Coblentz , qui 
s'oppofe à la ruine de la France. Nous autres ,' 
nous fommes éduqués pour gagner de la for- 
tune ; & ce n'eil que des écus que nous cher-» 
chons 5 de non le falut de la patrie. Il fau-4 

droif 



êroît êtra aveugle pour dire îe contraire J 
&: pour ne pas reconnoître , qu'en général ^ 
la ProTidence choifit mieux que nous , 3l 
qu'en la laiffanî faire , nous aurons au moins 
notre tems& nos peines de refte. Rapportons- 
nous en à elle , èc contentons-nous de la f^ule 
liberté de faire nos propres aiEdres, telle que 
nous l'avions ci-devant, &c dont la ConilitU' 
tien nous prive. 

Le Président. 
Pulfque vous craignez que le peuple ne 
meure de faim , en oubliant fes intérêts pour 
ceux du gouvernement, au moins trouverez^ 
vous que tous les hommes doivent être égaux , 
& ce bienfait , nous le devons à la conilitu- 
tion. 

Le Municipal. 

La grenouille creva en voulant être auiïl 
grolie que le bœuf. Il efl vrai que tous les 
hommes font hommes -, comme tous les che^ 
vaux font des chevaux ; mais il y a des 
hommes & dês chevaux roffes, pour la tour- 
mire ^ la force , Tintelligence. 

Le Présibsnt. 

On fait bien que nous ne pouvons avoir 
une égalité pbyfique ^ e'efl^-dire , même cor- 
pulence j, même taille , même force ^ mêmç 



t§ 



adrciïe , même beauté de corps ; en fait aii^ 
que nous n'aurons jamais régalité morale ^ 
ceft-à-cUre, autant d'efprlt, de connoiiTance , 
d'élévation d'âme , &c. AuiTi es n'eu pas cela 
qu'on prétend ; c'eft l'égalité eiviie , c'ellr 
celle des droits naturels , civiis & politiques. 
Le rd u n ï c ï p *a t. 
C'eil-à-dire , qu'on fera autant de cas d'uî> 
petit clou que -d'un lingot d'or , d'un recrue 
que d'un général expérimenté , du goujat que 
de' l'ârchitede. Efi-ce qu^on ne doit plus pri- 
fer- les cbofes pc:r rutiliîé dent elles font? 
EH-ce que celui qui ne met qu'un fol dans 
litH-é -fociété 5 doit avoir une portion égale dans 
le bénétiee avec celui qui met ùa million r Ces 
différences inévitsbles dans notre ph}i£que Ss' 
notre moral', n'en mettent-elles" pas dans notre 
valeur civile ou fociale ? Vous parlez de 
droits naturels ; deux arbres de même efphc^ 
n'ont-îis- pas le droit de croître dans des ter- 
reins également bons ? cependant l'un deiTéche 
dans du- gravier, l'autre groCit en s'enfonçant 
dans une terre fuccuîenîe : voilà la nature, 
Qu'cft-ce que e'efï que l'égalité civile ? ce n'eit 
pas d'avoir tous Ta" même fortune, d'être tous 
dans la même pôfitîcn ; c'eil la liberté de 
faire fes affaires ^ de s'occuper de foi-mênîej^ 



ï9 

'itlùn îa pofitîon dans la foclété ^ avéd ïl' 

certitude 5 que le gouvernement protégera éga- 
lement nos perfonnes & nos propriétés. Je 
vous demande il nous n'avions pas cette éga- 
lité; fi la Marédiauffée ne voloit pas au fe- 
cours & à la détenfe du pauvre , de rinfirrfie , 
de Fignorant 5 comme pour le riche , le vigou- 
reux &: le dodeur ? votre Conftitution ne 
nous donae rien à cet égard.— L'égalité ds droits 
politiques eoniiReroit à pouvoir faire les mèmè's^ 
chofes dans la fociété 5 ce fe;"oit le droit à tous, 
de commander également. Nous aurions donc 
tous le droit d'être roi 5^ celui d'être général ^ 
i lige 5 &c. N 'efl-ee pas en impofer au peuple ; 
o'eil-ce pas Fhébêter & l'égarer par des mots 
qu'il ne com.prend pas , que de lui propofer 
l'égalité dé droits politiques? 

L E P R É s I D È N T. 

Mais 5 moniieur ^ la loi doit être égale 
pour tous. 

Le Municipal. 

Qu'eil-ce que c'efl que la loi ? la première',' 
la plus naturelle , c'eil celle d'éviter le mal èc 
de fe procurer le bien , c'eil-à-dire , ce qui 
nous convient 5 ce qui fortifie & embeE^ 
notre exiflence. C'efl cette loi qui a réuni k^ 
hommes en corps de nations, c'eft elle qui 

B 1 



là ■ . 

a dît aux peuples : ^ye^ un ckef^ ti&ti ayè\ 
quun , afin què la, tête ne foit pas trop grojjc 
pour h corps ; & au chef : ayi,^ foin que tous 
vos fujcts f oient les plus heureux pojjibli , chacun 
dans f on état. Nous avons tous le même droit 
d*être heureux chacun dans notre état ; voiià 
notre égalité aux yeux de la loi. Je vous 
\ demande fi le gouvernement peut faire-plus 
pour le bonheur perfonnel , que de laiiTer à 
chacun tout fon tems , toutes {%s facultés , 
î^ d'alTurer également toutes, nos perfonnes 
& nos propriétés : avec cette première liberté, 
de ne nous occuper que de nous - mêmes ^ 
avec cttx^ sûreté égale de nos perfonnes & 
de nos biens^.le fayetierae peut-il pas chanter 
suffi gaiement que, le financier ^ fen voifia ? 
Le négociant^ en remuant, par fes lettres de 
change, l'or des quatre coins du monde, ne 
jpeut-il pas être aulîi content que le colonel 
en faifant mouvoir un régiment? Le boffu , le 
cr^endiant j, ne peuvent - ils pas dormir aullî 
proforxdémenî-, boire & manger, avec autant 

a'appétit , que rhomme bien fait & riche. 

Le P r é s i d e n t. 
- Moniteur, c'eft ' un avantage d'avoir des 

places ; pU'fqu§ nous lommes tous fajets ^ 

piîUrquoi le noble a-t-il la préférence ? 



II 

LeMunicîpâi: 

Parce qu'il eft né dans une clalte de fujet» 
deûinés à participer au gouvernement , qui! 
eft éduqué en conféquence, & qu'ii eiî: déjà ri- 
che, au lieu que nous ne fommes édaqués 
que pour travailler & amafier du bien. Son 
bonheur eft de parvenir aux places , où fouvent 
il fe ruine ; le nôtre eft de nous enrichir pour 
vivre tranquilles. Chacun travaille félon Tap-» 
prentîiTage qu'jl a fait. 

Le Président. 
Une horreur qu'on ne peut excufer, c'efi 
que les nobles qui ont les places , font exempts 
des Tailles qui nous écrafent, 

Le m u n î c î p a t.. 
Nos biens nous rendent le quatre êc le cincj 
pour cent du prix que nous les achetons^ les. 

biens nobles ne rendent eue le un & demi ou 

■ *- 

le deux. Le gouvernement eu cenfé, avoir reçu 
foitpar des fervicçs , foit en argent,^ le prix 
de cet affranchiftement. Faut-il tirer d'un fac 
double mouture ? L'abus eft, qu'on a étendu, 
la frafichife de taille des biens nobles ^ fur les 
biens roturiers que les nobles acquéroieat». 
Au refte 5 fi les nobles étoient. exempts de 
tailles 5 ils payoierit les vingtièmes ,îa capiîa- 
tion 3 fur-tout une infinité de droits fur. les coii'^ 



12 

fommatlons , Se il ler.r étoit défendu d'exercer 
toute induilrie , tout commerce ; ils payoient 
des foi &c homnirge , aveux & dénombrement ; 
&c ils étoient obliges de dépenfer noblecient 
leur fortune , d'accueillir les étrangers , enfin 
de faire les honneurs du peuple français : &C 
nous en avions le profit. 

Le Président. 

Tout ce qu'il vous plaira ; le Français doit 
être révolté de voir fon fembîable s'élever 
au-defius de lui par des titres , des croix , des 

cordons , des robes , des mortiers. 

Le Municipal; 

Dites donc auffi ,"par des échàrpes , des rubans ^ 
d^s plumes, des épauleîtes, des chaperons, Eli -ce 
|!fonr vous , pour moi , que ces diftinclions ont 
été établies ? Si nous étions des anges ^ le gou- 
vernement n'auroit pas befoin d'autorité ^ 
nous n'aurions pas même befoin de gouver» 
neîiienî ; mais nous femmes des hommes , dont 
îès pallions fe heurtent fans celle ; le gou- 
vernement a befoin de force pour maintenir 
fharmonie : pour faire connoître & refpeder 
cette force , qu'on appelle autorité , il faut lui 
donner des marques 5 des diilindions ; ce n'eil 
pas pour le particulier qui en eft revêtu 



^eÛ peur le bien de Y état j pour le refpeS 
6c la vigueur de l'autorité : elle devient qjë- 
prifable &c inefHcace il on la divife trop , û 
celui oui l'exerce efl confondu dans la tourbe ; 
& nous en faifons la continuelle expérivence: 
nous avons beau nous rengorger , faire les 
graves, les importans pendant qme nous avons 
nos echarpes ; il nous faut enfuite travailler ^ 
faire des marchés , aller au cabaret , être 
familiers avec nos voififis ; comment enfuite 
commander à des gens qui .voient de près 
tous nos défauts , qui nous rendent fervice , 
qui peuvent nous moleiter? Pour commander, 
il faut être élevé 5 ^voir unécjuipage & desger.s, 
n'avoir rien à demander aux autres, faire au con- 
traire par fon fafte ^ fon luxe, vivre beaucoup 
de monde ; de forte que ces carofTes , ces 
livrées, ces armoiries qui vous oiFiîfquent, font 
le nerf de Tautorité, fans laquelle il n'y a point 
d'ordre. Puifque vous voulez imiter la nature ,. 
voyez la variété de fes prodiiétions ; voyez 
fur la même tige des fleurs de diverfes cou- 
leurs ; voyez dans les forêts les arbres de la 
même efyQce différer en forme , en volume» 
L'uniformité répugne à la bienfaifance de la 
nature ; cette uniformité feroit un vice, une 
infipidîté dans la fociété ; c'eil d'ailleurs une 

B ^ 



24 

impoïïîbilité, trne înjuflice. La beauté conû^xë 
dans îa variété : ainfi renonçons à une égalité 
foit naturelle , foit civite , qui ne peut con- 
venir ni à la Providence , ni à nous. Plus îa 
i^ation eft nombreiife , plus on verra d'inégalités 
entre les individus. 

Le Président, 

Si ces mots d^egalité & de liberté font des. 
cbimeres , pourquoi tous les peuples ont-ils. 
tenté de fe les procurer ? 

Le Municipal. 

Tai bien entendu dire que dans tous Tes 
teîsis & par-tout les pays, les intrigans le- 
foRt toujours fervis d^s mots de liberté 6c 
d* égalité pour remuer le peuple ; qu'avec ces 
ïTiOts , dont on fè gardoît de donner la ligni-. 
fication , le peuple sVil laiffé égarer un mg- 
rnent; mais qu'il n'a jamais tardé à fe déf^- 
bufer , ni à punir les coupables , & qu'il s'eft 
réduit à Fhcnnête liberté de s'occuper de foi-^ 
mkïùe 5 & à l'égalité de liïreté des perfonn^es 
& àQS propriétés. Le Français commence a 
revenir de fon aveuglement pour deux chî-^ 
îîicres, qui ne peuvent faire que ïor& malheur j' 
^u lieu ox\ bonheur qu^on ku a promis. 
Le Président. 

Avec vos raifonnemens , que vont devenif 



25 

ces droits de Illomme , àoiot la découverte 
ëtoit rékrvée à nos fublimes légiflateurs, & 
dont la promulgation étonne Se allèche tous 
.les peuples? 

Le Municipal. 
Dans fétat le plus fauvage , les ani- 
maux mêoie ne jouifîent pas de ces droits 
dans toute leur étendue ; maître îe droit 
commun &c ég^aî de tous, à Texiftence , à 
toutes les productions fpootanées de la terre , 
fur tous" les points du globe, & aux bienfaits 
de la nature , chaque animai a fes ennemis , 
fouvent même de fa propre race , qui l'em-- 
pèchent de jouir d'une femelle, qui lui difputent 
êc lui enlèvent im aliment , qui interrompent 
fon fommeil , fon repos , qui contrarient de 
toute manière fon exiflence , fa liberté & 
fon égalité de droits. L'homme feuî , par la 
fublimité de fa raifon, auroit joui de la plénî-' 
tude de ces droits , s'il eût fçu fe former -en 
fociété fans faire le partage de la terre, fans 
s'occuper d'autre chofe que de la confervaticn 
& de la perfedion de fon individu, & fans 
connoïtre d^autre ennemi que îe mal phyfîque^ 
Mais une fois qu'on a eu renoncé au droit 
inné & vague fur tout le globe & fur toutes 
ies' productions fauvages ^ pour ayoir chacua 



im droit fixe & exclufif fur une portion , lei 
bornes de chaque portion ont été celles de la 
liberté 6i àts poiïeCeurs & de leurs voiîins ; 
les talens de chaque propriétaire , fon aftivité^ 
exercés fur un fol jufqu'alors inculte , couvert 
de phis de ronces & de venins que de fruits 
falutaifes & agréables , l'allure de la fociété , 
le hafard , ont amené les inégalités dans les 
facultés civiles. Ces premières loix fociales ont 
néceiFité l'établi iïement d'une autorité qui les 
fît exécuter; de-là des bornes inévitables 
à la liberté , des différences de droits entre 
les hommes déjà différens par leur phylique^ 
leur moral oi leurs propriétés. Ces chaînes,. 
à une liberté fans bornes , ces obftacles ^ 
à une égalité ûricle de droits civils,^ 
loin d'être un malheur ^ doivent procurer 
une tranquillité fiable. L'autorité doit veiî- 
1er fur le général; &: le particulier, moyen« 
nant une contribution pour l'entretien de l'au- 
torité , ne doit s'occuper que de lui-même* 
Entre les mains d'un ieul l'autorité eil plus 
a£rive , plus elHcace , plus bienfaifante. Ce- 
pendant quelquefois le chef, malgré fon intérêt 
qui eiî le bien-être commun ^ laiîîe introduire 
des abus , des défordres , ainfi que l'o© voit 
des pères ,, malgré le cri 5c la force du fang^. 



27 

nnner leur famille : c'eil un malheur ; mais îî 
n'efl pas continuel ; c'eft le nuage d'un beau 
jour ; il feroit bien plus fréquent il l'autorité 
étoiî abfolue en beaucoup de mains , fi elle 
étoit une maffe de volontés , toujours lentes 
à fe concilier : il en feroit comme des ménages 
oii il y auroit beaucoup de maîtres.', La maife 
des fjjets a droit de témoigner (on. méconten- 
temer.t des écarts de rautorité, mais avec 
des égards qui ne l'aîterent pas , &c les mena-* 
gernens dûs aux pafiions , piiiibu'cn ne peut 
€xig€r des hommes qu'ils foient parfaits comme' 
des anges. En miême-tems chacun doit fe con- 
tenter de la ÏQvlz liberté de ne s'occuper que 
de foi & de fes propriétés , & de l'égalité de" 
fureté pour fa perfonne &: fon avoir. Sans? 
faire précifément notre bonheur , cet arran-*' 
gement en fait la bafe. Vouloir une liberté 
plus étendue & une égalité ftriâe , c'eil tout 
beuleverfer : &: en fuppofani même qu'on y_ 
trouvât quelqu'avantage ^ ce qui n^t^ pas , ce 
feroit même' les acheter troD cher ; notre 
exiilence tû trop courte pour là fatiguer, la 
compromettre pour des chimères. On ne peut ^ 
fans maudire la confiitution j calciirer tes maux 
qu'elle a coûté; on ne peut, fans frémJr 3 
envifager ceux dont elle fera encore la calife^ 



Des ambitieux , des traîtres l'ont enfantée. Le 
haut Tiers-état ia adoptée par une jaloufie 
irréfléchie contre les Nobles , le Peuple par 
bêîife,^les Prêtres par la force,. & quelques 
Nobles par poltronnerie ;maisle langage dubori 
iens ramènera la. tranquillité. Le crime & l'in- 
térêt mal entendu fe lafferont de repouffer 
la vérité &c la juitice , comme k liège laffe 
le bras qui yeut le teriir plongé au fond 
de. l'eau. 

Le Prés ï dent. 
Comment revenir ? le Roi lui-même veut 
la çonilitution, 
J Le Municipal.- 

ïl la veut , comme l'ouvrier veut des afîi" 
gnats 5 qui le ruinent ,. au lieu d'or 6c d'ar* 
gent. Peut-on inculper le Roi de cette forte> 
peut- il vouloir le délire ^ la hor^îe & la mU 
fere de fon peuple ? peut-il ne pas penfer 
comme la. partie la plus faine de fes fujets , 
qui proteilent contre des innovations deûruc- 
tiVes dii bon ordre , de tout commerce , de nos 
' colonies ôc du royaum.e l Le Roi eft forcé par 
à^sfans-culotcs , que nos députés careffçnt & 
çnrichiffent , autant qu'ils bafibuent & ruinent 
les provinces dont ils ont eu la miijion,. 
Le P r é s ï d e îî t, 
Que dites- vous? voyez la fédération;^ îe; 



fermons de toutes parts ; voye^ Farmée îm- 
îTienfe de patriotes pour ibutenir la conffi- 
tution. 

Le Municipal. 
La poltronerie, un peu la vanité de ne pas avi- 
lir ce qu'on a vanté , voilà ce qui retient quel- 
ques opiniâtres. Vos foldaîs volontaires 
tiennent aux ï 5 fols qu'on knr donne, au pîaiiîr 
de la licence & de l'impunité , à l'efpoir de par- 
tager les biens des émigrés ; ôîez leur ces perf- 
pe£iives 5 il ne vous reftera que quelques 
bourgeois oiUciers , parce qu'ils font entichés 
de l'épaulette & de la paie , fans mériter ni 
l'une ni l'autre. La nouveauté qui plaît , vieillit 
chaque jour. Le peuple reiiemble à un jeune 
cheval ; fans entrave dans un pré , il bondit , 
cabriole , mange peu , gâte tout , & finit par 
revenir , tout fuant d^ fatigues inutiles , au 
râtelier, & par manger amplement fans rien 
gâter, fl-tôt qu'il a fes entraves. 

Le Président. 
Les defpotes de l'Europe frémiiTent de notre 
attitude fiere , ils veient leurs fujets prêts à 

faire comme nous; ils chaflfent nos émigrés. 
Le Municipal. 
Ils font pendre vos propagandiites. Vous 
jirovikz qu'on craigne la Fayette Ôc la Conili* 



3^ 
tation r une cohue fans difciDline &l fans ef- 

prit militaire ! Vous voulez que nos mal- 
heurs fie foient pas une leçon énergique pour 
des peuples qui: <>-^^ ^^ ^c^n fens ! Calculez 
biea; une moitié de la France eft mécontente , 
un quart cû indifFérent ; & l'autre quart eu. 
|:atriote fou. Si on vouloit ufer de force , 
la petite armée de nos émigrés , foutenue 
par les mécontens de l'intérieur , forte d'ail- 
kurs de fon honneur , de fcn zèle pour le 
falut public ,î de fon dévouement à un Roi 
malheureux , fufiiroit pour laver dans le fang 
des traîtres & de kuis fans-culottùs ^Iz honte 
dont ces derniers ont couvert le nom Français, 
les outrages faits" au Trône , les brigandages 
contre TEslife &; contre àm particuliers fans 
défenfe. Sous nos .Bourbons, un feul homme 
du fan^ de Montluc oc des nobles .^camarades 
du bon Henri, vaudra plus de ceiit de vos 
capucins de carte fous la Pay:etî:e.;&: la conf- 
titution ; vos aiikn^ts reDOUiieront dé votre 
armée l'abondance-,; il ne vous refte rien à 
donner à vos chatsipions , ils ont la liberté & 
Fégalité, & vqus r/avez plus d'honneur. Vou| 
promettez le partage des terres , ou pour 
mieux dire ^ le. pillage ; mais il y aura du 
monde pour femplcher : les bons Franç^if 



ne veulent pas le iang de leurs frères pef-^ 
vertis ; le délire n'a qu'un tems , le bon 
fens ne ïtûe pas toujours exilé; il nous crie 
qu'à un corps , il fuflit d'un chef, que notre 
intérêt bien entendu , eft de nous borner à 
nos propres alfaires/, & d'être contens de 
l'égalité de sûreté de nos perfonnes & de nos. 
biens ; & que le bien commun , c'efl le bien 
"de chaque particulier. 

Le Président. 
Nous fommes trop avancés pour reculer. 

Le Municipal. 
Il n'y a pas il long-tems que nous étions^ 
fous l'ancien régime ; rentrons - y ; ks abus 
font connus ; rapportons - nous aux bontés 
du Roi 5 peur corriger ce qui nous bleiToit (i). 
Demandons même que les provinces foieni 
en ^ pays d'états , régis comme Fétoit la BrefTe, 
Le peuple y participe fuffifamment au gou- 
vernement de la province , & le roi eft inf- 
truit des i^efoins locaux par des cahiers pré- 
fentes tous les ^.ns. Les impôts y font abonnés ^ 
ël la province les répartit. 

( I ) Oïl ne met pas à bas ua bon arbre , parcei 
qu'il porte quelques fruits gâtés , parmi une quantité 
d'excellents ;' oi fe borne à jetter les gâtés , Si â " 
garder les bons. Faifons de même , otons le mauvais ^ , 
&. coiifervons la bon ; on fe ruine à bâtir du aéuf 3 
Is on s'égare dans des roi4|,e5 inconnues. 



Le P r é s î d e n tr 

M. le municipal , gardez-rous de commua 
nîquer vos raifonne r.ens , qui font fpécieux '^ 
je vous les pardonne ; mais je dénoncerois 
votre indifcrétion. 

Le Municipal. 

Puis-je voir ma famille , mes amis , mes 
frères courir à un précipice fans les avertir 
du danger ? Je parlerai , je le dois. Dénoncez 
le bons fens , la juilice , la vertu ; votre Coaf- 
titution n'a point d'autres ennemis. 
Le Président, 

Vous le penfez , 6c moi je me Ôatte que 
ca ira. 

Le Municipal. 

Oiiî^ â feau : je Teipere tellement qu'il 
me lemble voir déjà nos jeunes , gens ^ 
mi lieu de fafils qui leur pefent &c des 
cocardes d'arlequin qui les ridiculifent ^ 
deLîilei en rond avec nos jeunes fille.53 ^^ chan- 
tant vive Hznri ! vive Louis ^ vivons , aimons , 
comrm nos bons aïeux I Je vois le tems oii 
Ton ne parlera de la. conftitu'don , des gardes , 
des clubs ÔC députés , que ce m me d'un fléau 
qui a mis les foucis ôc la mifere dans toutes 
les maifons. 




E C fi ELLE DU M AL. ^" 



;BaTPfTtf™'>»"'°^™g^**"*''^^'''^- ■gsaa^a 



Tj ' ji^ gM •T'Hiivri r i ^ vff t 



1 Cest parce qu il y a eu, de tout tems des Hommes per- 
vers qui ont attaqué Dieu et sa religion , dans leurs dis- 
cours et dans leurs écrits^ que la foi s'atténue , tous les 
jours. 

2 Cest parce qu'il n y^ci presque plus de foi , ni dans le 
Peuple , ni dans les Grands , ni dans les Prêtres , 
quiln'y a plus de respect pour la Pveligion. 

3 Cest parce qu'il n'y a plus qu'une apparence de Reli^ 
gion , c[u il n y a plus de Mœurs. . 

k Cest parce qu'il n'y a plus de Mœurs qu il y a deg^' 
Misérables , et des Puches inhumains; 

5 Cest parce qu'il y a des Misérables et des Puches inhu- 
mains qu'il y a des Crimes. 

6 Cest parce qu il y a des Crimes, quil y a des Puni- 
tions et des Malheurs incalculables. 



Grands et Petits , Ptiches et Pauvres , Prêtres et Séculiers^' 
Serviteurs et Maîtres, Simples et Savaiis ! faîtes desérieu' 
ses et salutaires réflexions ; remontez à la source du mal , 
diminuez-en la masse , en changeant individuellement de 
conduite ; jettez vos mauvais Livres au feu ; nourrissez 
vous de l'Evangile et de Lectures édifiantes ; élevez vos 
Enfants dans la crainte de Dieu; faîtes en sorte d'appaiser 
la colère céleste par une sincère pénitence , et vous recon- 
noîtrez alors vos erreurs , en devenant bons et heureux. 

. Fait à Paris j par una Amie de V Humanité^ 





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